Le paradoxe de la plateforme Rendez-Vous Santé Québec (RVSQ)

PHOTO THE CANADIAN PRESS/Jacques Boissinot

Premièrement…

Il s’agit de dire que nul n’est contre la vertu. Le projet du Ministre Barrette est noble de la part de l’idée, de l’objectif, et du défi qu’il relève.

La plateforme RVSQ offre la possibilité au patient québécois muni d’une carte d’assurance maladie de prendre rendez-vous avec son médecin de famille.

L’objectif, de prime abord, est de rendre accessibles les plages horaires des médecins d’une façon transparente, efficace, et sans avoir à passer par les centrales téléphoniques des cliniques.

Aperçu de la solution gouvernementale pour la prise de rendez-vous en ligne :

Plateforme de prise de rendez-vous en ligne pour médecins de famille du Québec par le Gouvernement du Québec: Rendez-Vous Santé Québec

En résumé, si vous avez un médecin de famille :

  • Vous accédez aux plages de disponibilités de votre médecin via le site web de la plateforme RVSQ.
  • Si les disponibilités ne vous conviennent pas, vous avez le choix de consulter les plages horaires d’un collègue du médecin et réserver votre rendez-vous.
  • Si ça ne va toujours pas, la plateforme vous offre alors un accès aux plages horaires de médecins des cliniques à proximité.

Et si vous n’avez pas de médecin de famille :

  • Vous pouvez utiliser la plateforme RVSQ pour réserver un rendez-vous auprès d’un médecin dans une clinique à proximité.

Il y a évidemment toujours un «MAIS»…

Le contrat accordé pour le développement de cette plateforme se chiffre à 4,5 millions de dollars (accordé à l’entreprise CGI).

Ça peut sembler beaucoup trop ou beaucoup peu, dépendamment du point de vue de l’interlocuteur et de ses connaissances par rapport à l’industrie médico-techno-administrative.

Cependant, il faudrait prendre un pas de recul afin d’analyser la politique du Ministre Barrette et ses décisions récentes en matière de technologies de gestion médicale. Il faut peut-être tenter de comprendre l’agenda ministériel pour mieux se placer.

Faits récents

  • OACIS, un dossier clinique informatisé (DCI) propriété de Telus Santé, utilisé dans des hôpitaux québécois, vit ses derniers jours parcequ’il sera débranché par le Ministre Barrette. Le Ministre a refusé de renouveler les contrats de licences d’utilisation d’OACIS.
    Le plan du Ministre est de remplacer OACIS par une solution gratuite basée sur CRISTAL-NET, un «gratuiciel» selon le Ministère.
  • Purkinje est une entreprise québécoise qui offre également un logiciel DCI dans certains hôpitaux québécois. L’entreprise va également perdre des sommes importantes à cause de la décision du Ministre Barrette d’utiliser un logiciel «gratuit».
  • On se trompe. Il n’y a rien de gratuit dans la vie. Il y a des dépenses qui couteront une fortune, notamment pour :
    • effectuer la gestion du changement,
    • effecteur l’intégration technique du logiciel «gratuit»,
    • transférer les données de milliers de patients à partir des logiciels actuels vers CRISTAL-NET,
    • effectuer la formation de tout le personnel, etc.
  • Les économies sont peut-être réalisées d’un bord, mais les dépenses augmenteront d’un autre. L’argent payé initialement à une entreprise québécoise pour ses licences sera payé à des intégrateurs de solutions. Du pareil au même. Aucun sou ne sera épargné.
  • Revenons à la plateforme RVSQ. Une plateforme technologique qui donne accès aux plages horaires des médecins de famille… Le projet évoque étrangement un sentiment de déjà-vu. En réalité, la plateforme RVSQ tente de remplacer la plateforme Bonjour-Santé.
    • Bonjour-Santé est une entreprise québécoise qui s’est consacrée et s’est investie pendant près d’une décennie pour relever le défi logistique de la gestion des rendez-vous, en offrant une gratuité totale à toutes les cliniques du Québec en ce qui a trait à la prise de rendez-vous en ligne (ce que la plateforme RVSQ propose également aujourd’hui, mais six ans en retard).

Analysons…

Comme pour toute entreprise, l’argent demeure le nerf de la guerre. Nulle entreprise ne peut survivre sans revenu. Dans une économie où nous demandons de plus en plus à la population de créer, d’innover, d’exporter et de faire travailler ses esprits entrepreneuriaux afin de relever les défis sociaux et exporter notre génie à l’étranger, il devient paradoxal de constater que soudainement, le Ministre Barrette s’immisce dans des projets entrepreneuriaux afin de compétitionner des acteurs locaux.

Premièrement, Bonjour-Santé est une entreprise québécoise. Bonjour-Santé est la première entreprise à pallier à une problématique qui existait depuis une éternité. Elle offre sa plateforme gratuitement à plus de 5 millions de patients et leur médecin de famille respectif.

Bien évidemment, comme toute entreprise, il faut générer un revenu pour supporter les couts de développements, les ressources humaines, injecter des fonds pour innover, financer la recherche et développement, etc.

Nous mettons l’emphase encore une fois sur le fait que Bonjour-Santé offre un modèle tout à fait GRATUIT à 5 millions de patients et leurs cliniques. L’entreprise a bel et bien un modèle payant pour les patients sans médecin de famille qui se cherchent des disponibilités dans une clinique sans rendez-vous par l’entremise de son site web. C’est un service optionnel, qui n’accorde aucune priorité ni avantage à quiconque.

Où est le problème au juste? Quand vous conduisez votre véhicule et que vous ne trouvez pas de stationnement, vous vous en payez un. Les avocats du diable répondront que le stationnement n’est pas un droit constitutionnel tel qu’est l’accès à des soins de santé gratuits. Or, il faut comprendre que Bonjour-Santé n’a jamais demandé qu’un seul sou soit versé pour des soins de santé. L’entreprise n’a jamais non plus monnayé l’accès aux soins. Son modèle d’affaires se consacre à un paiement de frais pour effectuer une recherche dans sa base de données intégrée aux agendas des cliniques. Quiconque peut aller prendre les coordonnées de chaque clinique sur le site web du Ministère de la Santé et effectuer des appels téléphoniques pour se dénicher un rendez-vous. L’utilisateur qui se prévaut du service de recherche de Bonjour-Santé ne paye que pour sauver du temps afin que l’entreprise fasse cette recherche plus efficacement à sa place et qu’elle puisse lui sauver des heures précieuses. Il faut rappeler que ce service de recherche payant ne touche que les patients sans médecin de famille, et il s’agit d’un service totalement optionnel. La portion de patients sans médecin de famille est infime en contraste avec ceux qui en ont déjà un.

Il est déplorable, voire disgracieux, de profiter de l’expérience et effort de Bonjour-Santé pendant toutes ces années, comprendre les tenants et aboutissants de son modèle, en subtiliser et évaluer les forces et faiblesses, pour en suite remercier l’entreprise en développant une solution à 4,5 millions de dollars pour la remplacer.

Il y avait mille et une avenues possibles autres que celle de se lancer dans un défi technogouvernemental afin d’évincer des entrepreneurs qui trouve moyen de créer un modèle d’affaires pour innover et subvenir à la survie de leur entreprise.

Cette politique gouvernementale répugne les entrepreneurs et les esprits innovateurs. Cette même politique les éloigne des défis sociaux auxquels nous devons trouver solutions. Ce modus opérandi fera en sorte qu’aucun entrepreneur ne voudrait même songer à l’avenir de se lancer dans de tels défis et de supporter le fardeau et le risque de se lancer en affaires afin de créer une solution qui profite à la population, et se voir plaquer d’une façon sournoise par son propre gouvernement.

Qu-est-ce que fait Bonjour-Santé avec l’arrivée de la plateforme RVSQ du Ministre Barrette?

L’entreprise investit 13,3 millions de dollars dans le reste du Canada, où elle va avoir du succès, va profiter d’une stabilité politico-entrepreneuriale, et où on va l’aider à surmonter les embuches (au lieu d’en parsemer sur son chemin). Se faire couper l’herbe sous le pied par le Ministre de la Santé est malheureux. Comment est-ce concevable qu’un entrepreneur qui tire un profit justifiable, mais tout en remédiant à une problématique provinciale depuis près d’une décennie se fasse mettre dans un coin le forçant à replier bagage? Comme dirait-on en anglais: «mind-boggling»!

Pour conclure, il faut retenir quelques éléments importants à notre humble avis :

  • Un gouvernement n’a pas une mission entrepreneuriale, ni plus une mission de «copie» de concept pour se sortir du pétrin.
  • Un gouvernement se met dans une situation délicate quand il envoie un message clair et précis en s’attaquant avec sa propre politique aux entrepreneurs qui ont relevé des défis immenses liés à des questions sociales d’envergure.
  • Rappelons que les frais de quelconque entreprise offrant des services technologiques ne sont pas des frais optionnels qu’on peut éradiquer sur la base idéologique que le système de santé est totalement gratuit.

En résumé, notre propre Gouvernement se cannibalise en dévorant ses propres entrepreneurs… Nous espérons sincèrement que les autres entreprises québécoises ne se feront pas compétitionner et engouffrer par une politique de cannibalisation entrepreneuriale en matière de technologies pour le domaine de la santé dirigée par le Ministère de la Santé. Qui seront les prochains dans la mire du Ministre Barrette? Les fournisseurs de dossiers médicaux électroniques? Nous ne l’espérons pas…

NOTA BENE

L'opinion exprimée dans cette publication ne représente que la nôtre. Nous n'avons aucun lien d'affaires direct ou indirect avec Bonjour-Santé ses filiales, propriétaires, ou actionnaires. Aucune partie mentionnée dans l'article n'a été consultée pour la présente publication.